Les vaccins militaires contre la grippe sont désormais volontaires : un changement dans la doctrine de défense

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Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a annoncé un changement important dans la politique de santé militaire : les vaccinations annuelles contre la grippe sont désormais volontaires pour tous les membres du service actif et de réserve, ainsi que pour le personnel civil du ministère de la Guerre.

Bien que la décision marque une rupture par rapport aux protocoles médicaux en vigueur de longue date, elle soulève des questions cruciales concernant l’avenir de la préparation des forces et la capacité de l’armée à maintenir sa « force de combat » pendant une crise biologique.

Une rupture avec la tradition

Depuis près de 250 ans, la doctrine militaire américaine donne la priorité à la santé collective pour garantir l’efficacité du combat. Ce changement de politique semble s’aligner sur une tendance plus large au sein de l’administration actuelle vers un scepticisme à l’égard des vaccins :

  • Réintégration du personnel : Après son retour au pouvoir, le président Trump a signé le décret 14184, autorisant les militaires licenciés pour avoir refusé les vaccins contre la COVID-19 à être réintégrés avec tous les avantages.
  • Changements réglementaires : Le secrétaire du HHS, Robert F. Kennedy Jr., a décidé de remodeler les directives en matière de vaccins, notamment en remplaçant le comité consultatif du CDC et en mettant l’accent sur le choix personnel plutôt que sur les recommandations standardisées.
  • Réductions de financement : En août 2025, le HHS a annulé près de 500 millions de dollars de contrats auparavant consacrés au développement de vaccins à ARNm, la technologie même essentielle pour une réponse rapide aux nouvelles souches pandémiques.

Le coût historique de la maladie

La décision de rendre les vaccins facultatifs néglige une sombre réalité historique : la maladie a souvent été plus mortelle que le combat.

La pandémie de grippe de 1918-1919 constitue un sévère avertissement. Probablement originaire d’environnements militaires, comme Camp Funston au Kansas, le virus s’est propagé rapidement dans les casernes bondées et les transports de troupes. Les conséquences furent catastrophiques :
* Mortalité massive : Entre 50 et 100 millions de personnes sont mortes dans le monde.
* Cibler la force : Contrairement à la plupart des grippes, la souche de 1918 ciblait les jeunes adultes, soit le groupe démographique exact d’une force combattante.
* Parité au combat : À la fin de 2018, la grippe avait tué environ 45 000 soldats américains, soit presque l’équivalent des 53 402 décès causés par les combats ennemis.

Protéger la « force de combat »

Les dirigeants militaires ont toujours considéré l’intervention médicale comme une nécessité stratégique plutôt que comme une préférence personnelle.

“La nécessité non seulement autorise mais semble exiger la mesure, car si le désordre infectait naturellement l’armée… nous aurions plus à craindre de lui que du glaive de l’ennemi.” — Général George Washington, 1777

Cette philosophie est reprise par le major Jonathan Letterman, le « père de la médecine de champ de bataille », qui soutenait que les médecins n’existent pas seulement pour soigner les blessés, mais aussi pour maintenir une armée « vigoureuse » et « efficace » pour le combat.

À l’ère moderne, la perte de cohésion des unités due à la maladie peut paralyser les opérations de haute technologie. Un exemple récent s’est produit en 2020 avec le USS Theodore Roosevelt. Malgré des précautions strictes, une épidémie de COVID-19 a infecté plus de 1 200 marins et contraint le porte-avions à rester amarré à Guam pendant deux mois, affectant gravement les capacités de déploiement naval.

Regard vers l’avenir : le dilemme du commandement

Les nouvelles orientations ne constituent pas un mandat absolu ; Le mémo de Hegseth permet aux services individuels et aux commandes de composants de demander des exceptions à la politique volontaire dans un délai de 15 jours.

Cependant, les récents changements de direction – notamment le limogeage du chef d’état-major de l’armée Randy George – pourraient créer un climat d’hésitation. Si les commandants choisissent de se retirer de la politique volontaire et de maintenir les vaccinations obligatoires, cela pourrait constituer un signal significatif pour les dirigeants du Pentagone concernant les risques pesant sur la préparation opérationnelle.


Conclusion : En faisant passer la vaccination contre la grippe d’une exigence à une option, le ministère de la Défense risque de saper la résilience biologique de ses unités, troquant potentiellement la préparation au combat à long terme contre des changements de politique à court terme.